White Cake et dame brune

Quand un nouveau liquide débarque, avant même de le goûter, on lit le descriptif. White Cake, gâteau blanc, ça veut tout dire, ne rien dire. C’est assez ouvert. Et force est de constater que dans les boutiques Kitclope, lors des tests, rares sont les avis qui se résument : ah oui, c’est un gâteau blanc. Ou un gâteau tout court. Personnellement, je l’adore, je crois que je n’ai jamais autant apprécié un liquide. Et c’est vraiment intentionnellement que je ne le vape pas régulièrement. Pas envie de me lasser, faire durer le plaisir, que dis-je le plaisir, l’orgasme. Pas plus d’un réservoir tous les trois ou quatre jours. De toute façon, ce n’est pas un liquide qui se conjugue avec la lassitude. Tous les arômes dont je suis tombé amoureux et je me suis lassé étaient très sucrés et très crémeux. Et je suis persuadé que la courbe de lassitude est parallèle au niveau de sucre. Pour revenir sur nos premiers essais de White Cake à Kitclope, je n’ai jamais vu une scène aussi curieuse. Et pourtant, parfois, je peux vous assurer que c’est bizarre dans l’arrière boutique. La plupart du personnel adhère à ce gâteau blanc. Mais en termes d’analyse, on est tous un peu paumés. C’est génial mais c’est quoi ? Je n’ai pas la vertu des femmes de marins. Oups, désolé. Quatre heures du matin. L’hémisphère gauche écrit, l’autre écoute Barbara. Ça interfère. Mais ce n’est pas un hasard, je pense.

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Pourquoi, pour ma part, ai-je pensé génoise en vapant le White cake ? La génoise, c’est un peu ma madeleine de Proust, quelque chose qui va réveiller des souvenirs de la petite enfance grâce à un nombre incalculable de mokas de la mère. Forcément ça me parle plus qu’à ceux qui se souviennent de tartes au citron meringuées. J’ai l’impression qu’il y a pas mal d’irrationnel dans les arômes de la vape mais avec le White Cake, c’est encore pire. Comme en témoigne ce que je viens de vivre ; c’est tout à fait authentique. Bien sur ce n’est pas la Seine, ce n’est pas le bois de Vincennes.

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Chaque liquide de la gamme Cult fait référence à un film. Le White Cake est un clin d’oeil au film Django de Tarantino.

Je ne peux me coucher sans musique. Pour dormir tranquillement, j’ai lancé Deezer, j’ai voulu appuyer sur la playlist de Bertignac, un ami de la vape, et c’est tombé sur Barbara, la ligne du dessus. C’est vrai que c’est plus calme, légèrement dépressif comme j’aime. Il faut toujours cultiver une légère dépression et les jolis mots. Je m’endors là-dessus. Ça boucle. Au réveil traditionnel du milieu de la nuit – mon jetlag permanent – premier réflexe, White Cake. Monique Serf chante Nantes à cette première aspiration. Mélange de madeleine de Proust, émotion toujours intacte après 4.000 écoutes, minimum, de cette chanson, c’est arrivé comme une avalanche, violente. Le 25 rue de la grange au loup me paraissait moins déprimant et la chanson toujours aussi belle. Le White Cake semblait lui aussi différent, associé à toutes les villes chantées par Barbara. La complexe alchimie d’un arôme peut-elle impacter des souvenirs, vous mettre dans des humeurs particulières ? Cette expérience, ô combien irrationnelle, j’en conviens, vécue sans psychotrope, je préfère le préciser quand même, est évidemment peu ordinaire. C’est comme si musique et arômes s’étaient retrouvés dans une partie du cerveau dans laquelle ils n’étaient pas censés se retrouver. Au niveau ressenti, c’est un peu comme lorsque l’on se lève en ayant rêvé d’un disparu, avec la même mélancolie mais là, il ne s’agissait pas de tristesse mais de pure joie. Et être envahi par cette émotion avec un texte comme Nantes, il faut vraiment vaper un liquide avec une sacrée personnalité pour marquer le cerveau au fer rouge. Ce texte est autant une déclaration d’amour à Barbara qu’une chronique sur le White Cake. Mais quand on voit les visages des gens qui testent le White Cake, moi le premier au Vapexpo ou celui de Phil Busardo sur le même salon, il est difficile de se dire qu’on ne teste qu’un e-liquide. Il semble générer quelque chose d’émotionnel, avoir un supplément d’âme. D’ailleurs quand on fait tester cet arôme en boutique, les plus motivés pour l’achat évoquent systématiquement un souvenir et commencent leurs commentaires par « ça me rappelle… ».

Si mi la ré sol do fa.

Le White cake est un pur délice dans lequel tout le monde y verra un gourmand pas trop gourmand ou trop gourmand, un sucré pas trop sucré ou trop sucré, un gâteau pas trop gâteau ou trop gâteau. Ou juste ce qu’il faut. On y voit ce que l’on veut bien y voir, c’est l’imagination au pouvoir de nos sens. Une chose est sure : ce liquide ne laisse personne insensible.

Léo de Urlevan