Le plan anti tabac de Marisol Touraine

Le plan anti tabac de Marisol Touraine

Le 25 septembre, Marisol Touraine a présenté son plan de lutte contre le tabagisme. Un plan ambitieux, selon elle, parce qu’il prend le problème sous de multiples angles. L’ennui, c’est qu’il n’est pas certain qu’on constate un seul arrêt de la consommation grâce à lui.

Quand on lit le dossier de presse, on a l’impression que certains faits sont totalement occultés et d’autres loin d’être prouvés.

Tout d’abord, un chiffre qui n’est pas dans le dossier de presse de Marisol Touraine… La consommation de cigarettes a baissé de 8% en un an (chiffre aout 2014) et celui du tabac à rouler de 4%. À Kitclope, on a bien une petite idée sur cette incroyable baisse. Déjà, il y a les morts mais ça ferait beaucoup d’un coup. C’est d’ailleurs le slogan choc de la campagne d’information qui commence en ce moment : un fumeur sur deux va mourir de son addiction. Mais 8% en un an, à ce rythme, le problème serait assez vite résolu. Non, officiellement, on ne sait pas d’où vient cette chute spectaculaire. Bien évidemment, l’explosion du marché de la cigarette électronique, deux millions de vapoteurs en France, ça peut être une coïncidence, une énorme coïncidence.

Plan anti tabac Marisol Touraine 1

Ensuite, en ce qui concerne l’e-cigarette, on a un postulat bidon. Le dossier de presse de Marisol Touraine part du principe que la vapote est la passerelle vers la cigarette traditionnelle. « Chez les jeunes, l’usage de la cigarette électronique est une porte d’entrée vers le tabagisme ».

Il est très intéressant de voir d’où provient la théorie de la passerelle. C’est dans un article du Times, le journal britannique. C’est l’histoire d’un courrier qui a fuité. Le destinataire ? Jane Ellison, ministre de la santé anglaise. L’expéditeur ? GlaxoSmithKline, le numéro 7 de l’industrie pharmaceutique qui propose entre autres, des patchs à la nicotine, plein de belles choses très chères pour arrêter de fumer. GSK n’a jamais caché avoir vu ses ventes fondre depuis la popularisation de l’e-cig. Et c’est GSK qui tente de jouer les sirènes d’alarme en expliquant au gouvernement britannique tout l’effet pervers des vapoteuses : c’est une passerelle vers le tabagisme et ça renforce la dépendance au tabac. C’est vrai qu’en termes d’optimisation de l’addiction, c’est la cigarette électronique qui doit être pointée du doigt et certainement pas l’industrie du tabac qui n’a jamais, jamais, jamais utilisé d’adjuvants pour que l’arrêt soit plus difficile. Ça ferait rire si la missive n’avait pas été prise très au sérieux et que tous les opposants à la cigarette électronique ne la reprenait pas en cœur. Et le fait que Marisol Touraine ait appartenu au club Avenir de la santé, un groupe de pression – ça veut dire lobby – financé par est une coïncidence également.

Plan anti tabac Marisol Touraine 2

Et c’est bien là le problème, quand on lit le communiqué de presse. Le tabac est évidemment dans la ligne de mire, encore heureux pour un plan anti tabac, mais les tueuses et les e-cigs sont mises dans le même sac. Et qui sort gagnant ? Les producteurs de médicaments avec un triplement du remboursement du sevrage tabagique.

Laissons le bénéfice du doute à la ministre. On ne va pas l’accuser de tous les maux. Ok pour rappeler que fumer, c’est 50% de chance d’y passer, ok pour pourrir l’industrie du tabac avec des paquets neutres (même si l’efficacité du procédé reste à prouver). Le problème, c’est que son plan sent le lobby à plein nez.

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