Paris, ville brouillard

Aujourd’hui, premier avril. La tradition veut que l’on fasse rire, que l’on se colle des poissons dans le dos, que l’on raconte des idioties aux crédules. J’ai toujours détesté ça. Dès la cour d’école. Et ça ne s’arrange pas avec l’âge. Le premier avril, impossible d’avoir une parole politique crédible, de faire la moindre annonce, il faut attendre le 2. C’est pire qu’un férié. Enfant, je détestais le premier avril, maintenant, j’ai un peu l’état d’esprit d’un Heinsenberg dans Breaking Bad, haineux, cynique, désabusé, dépressif, insensible. Pourquoi tant de joie de vivre me direz-vous… Laissez-moi vous conter une anecdote arrivée il n’y a pas plus de quelques heures. La scène se passe rue Hauteville où vous le savez probablement, il y a une boutique sympa. Il fait bon, le jour se couche. On sentirait presque que l’été approche. Les jolies filles ne sont plus en anorak, les genoux vont bientôt se montrer. Et dans mon Subtank Plus, une saveur fruitée, la grande famille des e-liquides estivaux. En face de moi, il y a cette fille qui s’avance. Elle est jolie. Sans trop la dévisager, j’apprécie la finesse de ses traits, la symétrie de son joli minois. Je tire une barre et expulse une vapeur assez dense. C’est épais, c’est blanc mais attention, ce brouillard reste dans le raisonnable, je ne suis jamais dans un concours de nuages impénétrables. Elle est encore loin. Elle repère les volutes de vapeur. Et quel est son réflexe ? Se mettre la main devant le visage et l’agiter vivement.

C’est à ce moment-là que ma déprime a commencé. Ou peut-être était-ce ce matin. Dès ce geste, elle m’a semblé très laide, très vieille. Je veux bien que l’on fuit les fumées de cigarette – moi-même je ne les supporte plus et j’ai clopé trente ans – ou pire, de cigares. Mais je ne me mets pas un masque à gaz pour autant quand un fumeur s’approche de très loin dans la rue. Je veux bien que l’on ne soit pas totalement informé des dernières recherches sur la vape. Admettons. Mais qui peut penser un seul instant que la chose à fuir par-dessus tout c’est l’équivalent d’une capacité pulmonaire plutôt que l’air de Paris ? Il y a à peine quinze jours, la ville lumière aurait pu être rebaptisée la ville brouillard tant la pollution était dense. La capitale a même gagné le titre de ville la plus polluée au monde. Mais attention, danger, vapoteur en approche ! On croit rêver. Cauchemarder plutôt.

Tout ça pour dire qu’il reste vraiment un boulot d’information incroyable à réaliser. Spontanément, cette fille craint plus pour sa santé en croisant en un dixième de seconde l’émanation d’un Subtank Plus que les particules fines de la région parisienne. Des bataillons de médecins commencent à dire que c’est plutôt safe, que c’est l’idéal pour arrêter la clope, qu’il n’y a pas de vapotage passif, que c’est la clope qu’il faut éradiquer. Je repense à cette fille, ses traits irréguliers, son regard qui n’était plus que l’émanation de la bêtise et la laideur de l’ignorance. Je ne me souviens plus de son visage, mais son air de dégoût, son geste démonstratif, c’était tout simplement la conséquence du boulot du lobby du tabac, de l’étude de Portland, de Marisol Touraine. Il y a vraiment de quoi baisser les bras et déprimer, attendre le prochain pic de pollution, se servir des particules fines pour ne plus être vu et ne plus voir ce geste désespérant.

Mr E-cigarette