DGCCRF : de la pub pour le tabac, en plein 20 heures !

J’ai failli m’étouffer avec ma vape en regardant le 20 heures de TF1, tout à l’heure. Pourtant, pas de dry hit. Sur cette chaine, en ce moment, il y a du rugby. Ça cogne. Quand on voit les joueurs se serrer les mains à la fin des matchs, on distingue du respect et du fair-play. Là, dans ce reportage sur l’e-cigarette, on était dans le plaquage haut. Ça commençait très, mais alors très fort :

« Plus de trois millions de personnes l’ont adoptée en France en pensant qu’elle est moins nocive que le tabac ».

Là, on se dit directement qu’une molécule de type napalm a été trouvée. « Édifiant » ajoute Gilles Bouleau. Le mot est juste : à la fin du reportage, il est difficile de ne pas l’associer à la séquence que l’on vient de voir.

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Tout est basé sur une enquête de la DGCCRF. On apprend que neuf liquides sur dix sont non conformes. Toxicité ? Présence de métaux lourds comme dans la clope ? D’arsenic ? Non, on parle d’étiquettes. Là, oui, on va dans l’application des règles poussée à leur paroxysme. Des dosages en nicotine qui ne seraient pas conformes. Des logos absents. Des bouchons qui ne sont pas aux normes (la fameuse sécurité enfant).  Des bricoles qui, ne nous voilons pas la face, font tâche.

Quand je regarde les flacons vendus chez Kitclope, que je vérifie chaque bouteille – j’ai à peu près un flacon de chaque marque devant moi – j’ai l’impression qu’il ne manque pas un logo, de la tête de mort sur les flacons à haut dosage de nicotine jusqu’à la croix géante sur fond orange. En passant le doigt sur les bouteilles, je sens bien aussi le relief destiné aux personnes non voyantes.  Quand à la sécurité enfant, il me semble bien qu’elle est là à chaque fois tant l’ouverture de certains arômes est pénible ! Mais passons. En plus de la vidéo, je regarde le texte qui l’accompagne sur le site de TF1. « Plus de 60.000 produits ont été retirés de la vente en 2014. »

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Un petit complément d’information intéressant. 2014, c’est pas la préhistoire de la vape ? Non, peut-être pas. Mais c’est l’année de l’explosion des shops. Les shops à deux balles créées par des personnes n’ayant qu’un objectif : le cash rapide, en proposant les liquides aux marges les plus intéressantes. Pas forcément des fabricants de liquides les plus sérieux donc (le marché a largement été darwinisé depuis, il suffit d’avoir été à Vapexpo 2014 et Vapexpo 2015 pour s’en rendre compte). De plus, c’est en 2014 que la directive de l’article 18 de la TPD (Tobacco Product Directive) a été adoptée au parlement européen. C’est là qu’il a fallu renforcer la sécurité enfant, modifier le signalétiques, du jour au lendemain. Forcément, quelques fabricants avaient vu le coup venir et étaient déjà aux normes. Pas tous. Les stocks ne sont évidemment pas retournés chez les fabricants : très facile de trouver des produits qui ne sont pas aux normes pour la DGCCRF. Un scoop – et un joli raccourci – pour Gilles Bouleau que de dire : c’est plus nocif que le tabac.

Cahuzac.-Un-avenir-politique-improbable

Le reportage évoque ensuite les irritations avec la peau. Ça c’est splendide. Les logos, toute la signalétique sont justement là pour rappeler ce fait. C’est gradué en fonction du taux de nicotine. C’est pour cela que les liquides avec des taux de 16 ou 18 en nicotine ont une tête de mort (ingestion potentiellement mortelle, notamment pour des enfants de 30 kilos ou moins), d’autres des croix (gêne possible sur la peau… Et encore… Pour tout vous dire, je n’en suis pas à me baigner dans des torrents d’e-liquides mais il ne se passe pas une journée sans que je m’en foute sur les doigts, sur les vêtements. La seule victime de ces maladresses a été une chemise blanche au contact de Red Astaire et j’ai encore toutes mes phalanges pour écrire ce texte). Le contact avec la nicotine peut irriter ! C’est un pléonasme. On en revient aux conditions normales d’utilisation. C’est comme si TF1 n’avait pas fait le rapprochement entre tous les logos d’une bouteille d’acide chlorhydrique et ses effets en cas de contact direct ou d’ingestion.

Le reportage se conclut par cette affirmation péremptoire : les anomalies ont été constatées dans un établissement sur deux. Là encore, il faut revenir en 2014. Ces boutiques existent-elles encore ? En un an, le paysage de la vape a été totalement modifié. Les sérieux sont encore là, ont apporté de la diversité, de la qualité. Les boutiques aux trois ou quatre marques bas de gamme ont mis la clé sous la porte en ne restant parfois que quelques mois. Mais la DGCCRF a pris un instantané de 2014.

super menteur

Il suffit d’être en contact avec des importateurs pour se rendre compte du sérieux de leur travail. Il ne s’agit plus d’une simple livraison de colis mais d’un boulot administratif à temps complet. La fiche sanitaire d’un liquide, pour l’importation des Velvet Cloud Vapor, des Five Pawns ou des Goodlife Vapors, ce sont plusieurs dizaines de pages pour chaque dosage de nicotine. Quand à une marque comme Alfaliquid, en termes de qualité et sécurité, elle va bien au-delà que tout ce qui est demandé par les différentes administrations.

Ce reportage s’inscrit totalement dans l’entreprise de démolition de la vape que l’on connait habituellement ; il n’y a plus à être surpris. Je n’y vois même pas le lobby du tabac derrière, juste une envie de faire un titre. Gillou ne dit-il pas dans son laïus d’introduction les mots « avant-première » et « exclusif » ? Quand à la DGCCRF, elle a tout simplement fait son boulot à un instant T. Malheureusement, cette industrie qui ne cesse de se mettre aux normes entre directives européennes et copinages ministériels aimerait simplement qu’on lui foute la paix dans ce qu’elle peut faire de mieux : réduire significativement la consommation de clopes.

Léo de Urlevan